Pour une UQAM laïque

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Étudiante pour l'indépendance universitaire

#28 Signe invisible garant de neutralité ?

2013-12-20 16:55

J'ajouterai qu'il est fallacieux d'affirmer que parce qu'une personne affiche publiquement les couleur de sa foi religieuse, elle est moins apte à faire preuve de jugement qu'une personne qui ne porterait pas de signe mais serait un intégriste de sa foi.

L'absence de signe n'est pas une garantie de neutralité. C'est un sophisme de l'affirmer. Un enseignant comme monsieur Dupuis-Déri qui affirment clairement ses positions politique, est au sens wébérien beaucoup plus neutre dans son enseignement, qu'un enseignant qui cacherait ses position politique sous une apparence de vérité scientifique indiscutable. C'est la même chose dans le cas de la foi, affirmer sa foi permet aux autres de comprendre d'où l'on parle.

Est-ce que l'URSS était moins idéologique parce que la religion était évacué et que personne ne portait de signe religieux ? Je ne crois pas. Je crois qu'une personne qui porte une chaine avec un crucifix a autant de chances d'être biaisé idéologiquement qu'une personne qui porte un voile. Et puis, en matière de travail de bureau, je ne vois pas en quoi porter un voile change le travail de bureaucrate à faire ou la manière de la faire. Entendons-nous, la bureaucratie n'est pas le lieu où il y a la plus grande place laissé à l'arbitraire de l'employé, au contraire.

Des professeurs sophistes qui se cachent derrière la neutralité, voilà ce que les signataires de la pétition sont.

Réponses

Sarah B.

#29 Re: Signe invisible garant de neutralité ?

2013-12-20 19:04:55

#28: Étudiante pour l'indépendance universitaire - Signe invisible garant de neutralité ?

Chère "Étudiante",

Il faudrait avoir peur si vous étiez au pouvoir! Contrairement à vous qui désirez "remettre en question les postes des enseignants qui signent cette pétition", donc exercer sur des gens qui ne pensent pas comme vous une pratique autoritaire, exclusive et punitive (le tout à un degré assez élevé : faire perdre son emploi à quelqu'un), le projet de Charte ne renvoie personne et n'affiche aucun désir de faire perdre leur emploi à des gens à partir du moment où certaines exigences sont remplies dans la fonction publique (dans le cas hypothétique où cette loi passerait, et après des moratoires d'au moins un an ou même de plusieurs années dans certains cas, tel qu'annoncé par le PQ). Vous pouvez déplorer et ne pas aimer ces exigences, mais dans les faits elles ne font que mettre des gens devant un choix lorsqu'ils sont dans la fonction publique, c'est-à-dire respecter ou non des règles communes auxquelles tous sans exception doivent se soumettre. Libre à eux d'accepter ou non par la suite de s'y plier, tout comme doivent s'y plier ceux qui aimeraient enseigner à poil. C'est donc faux de faire croire que le projet de Charte est un projet d'exclusion. À la limite c'est un projet qui dans certaines dispositions met certaines personnes en situation de s'exclure elles-mêmes, ce qui est tout à fait différent. Une nuance importante, mais qui ne vous permettrait peut-être pas d'exploiter la réalité au profit de vos intérêts idéologiques.

Vous avez raison de dire que la neutralité est relative et ne sera jamais un absolu, mais ce qui est sûr en revanche c'est que le port du voile islamique est tout sauf neutre et véhicule un sens qui n'est pas loin, lui, de l'absolu. Un voile qui est un symbole universel de la soumission de la femme, et pour lequel encore bien des femmes d'aujourd'hui subissent violences et condamnations à mort dans plusieurs endroits du monde. Une soumission contre laquelle s'élèvent beaucoup de femmes et d'hommes de culture musulmane, nés au Moyen-Orient et appartenant eux aussi à la même minorité que vous prétendez défendre. Les femmes québécoises issues de l'immigration, nées dans une culture musulmane (et même musulmanes pratiquantes) et qui sont pour la Charte, sont-elles moins dignes à vos yeux que celles qui portent le voile?

Par ailleurs, nul n'a dit ici qu'une personne munie d'un voile est "moins apte à faire preuve de jugement" (non plus que Dupuis-Déri, qui a un droit légitime à ses opinions, comme tous les enseignants), c'est vous qui extrapolez dans ce sens. Peut-être que ce fantasme vous arrange pour le rôle que vous désirez jouer dans cette description caricaturale de la réalité, sauf qu'il s'agit là d'un mensonge pur et simple. Ce mensonge que vous exploitez consiste à faire croire que la Charte et ceux qui la soutiennent désirent faire perdre leur emploi à des Musulmans et leur dénier leur compétence à enseigner ou autre. Rien de plus faux, et vous auriez bien du mal à démontrer cela noir sur blanc. Aucune disposition de ce projet ne s'en prend à la compétence des gens en fonction de leur religion. Il exige simplement un code vestimentaire qui est une exigence pour TOUS, afin d'assurer une bonne entente et pour ne pas heurter - dans la seule sphère de la fonction publique - la sensibilité de gens qui n'adhèrent pas à certaines religions (la religion musulmane mais aussi catholique, juive, et bien d'autres).

Pour vous le port du voile est peut-être un signe extraordinaire de liberté (et vous avez le droit à cette opinion), mais pouvez sûrement comprendre que pour bien des gens cela est le signe d'une soumission et d'une violence qu'ils ne veulent pas rencontrer lorsqu'ils ont à faire avec la fonction publique relevant de l'État. Eux aussi ont des droits, et il arrive bien souvent dans une société que les droits d'une minorité n'aient pas le dessus sur les droits d'une majorité. C'est incontournable pour une vie en collectivité. On est donc bien loin de la tyrannie infligée aux religions par les régimes communistes du passé (du passé puisque la Russie actuelle est plutôt main dans la main avec l'Église, comme en fait foi le sort infligé aux Pussy Riots). Je vous rappelle aussi que même si la Charte était adoptée au Québec, les femmes musulmanes auraient le droit d'être voilées en quasi toutes circonstances, chez elles, dans l'ensemble de l'espace public et dans l'ensemble des emplois. Seule la fonction publique, qui représente un pourcentage mineur des emplois au Québec, imposerait un dépouillement de signes religieux ostensibles. Libre alors aux croyants de toutes religions d'accepter ou non de mettre de côté leurs signes religieux pendant les heures de bureau. On peut être contre mais tout cela est très raisonnable, et bien loin du totalitarisme et de l'intolérance que vous fantasmez et instrumentalisez, peut-être (et tant qu'à moi sûrement) pour masquer votre propre désir de domination, d'exclusion et d'autorité revancharde.