Contre l'ouverture à la concurrence des ouvrages hydroélectriques

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Jean-Pierre Desmoulins

#111 Et si la vraie raison c'était...

2013-06-07 08:40

Pour moi, les gens d'EDF ne sont pas stupides. S'ils sont partisans de refiler les barrages (ou du moins certains barrages) c'est qu'ils prévoient de très gros frais à y faire pour les maintenir en état. Ils en ont eu l'expérience au Chambon. Le prochain sur la liste est le Sautet.

Pourquoi des frais ?

- Parce que les bétons vieillissent plus vite que prévu, gonflent et poussent sur les appuis. Cela crée des contraintes mécaniques telles dans les zones d'appui, qu'on est obligé pour les réduire de couper le barrage en plusieurs tronçons : c'est ce qui a été fait au Chambon. Evidemment, on perd au passage la rigidité "en coque" du barrage et on le fragilise.

- Parce que l'injection d'eau dans les nappes pendant des décennies commence à produire des effets bizarres dans le sous-sol : à Monteynard, on craint un glissement de terrain majeur (en dessous de Sinard) capable de créer une énorme catastrophe par débordement du lac. C'est sans doute pour cette raison que le lac de ND de Commiers est rarement rempli... Et il y a d'autres endroits où des terrains quaternaires récents, peu cohérents géologiquement, peuvent être déstabilisés par les nappes : Pellafol, Cordeac, St Pierre de Mearoz, Marcieu, etc... Sous le Sinepy, l'eau a maintenant envahi tout le massif, à la cote du lac de Monteynard, en passant par les anciennes galeries des mines de La Mure. Qui peut prévoir comment peuvent réagir des montagnes lorsqu'on lubrifie la couche située en dessous, où les descentes de charge créent d'énormes contraintes mécaniques, cela dans des massifs schisteux caractérisés par une anisotropie structurelle ?
- Parce que les matériaux charriés par les eaux lors des crues remplissent petit à petit les bassins, obligeant à dégager les prises d'eau notamment les vidanges de fond. L'aspect du Chambon vidé il y a quelques années était impressionnant... A Monteynard on ne pourrait même pas vider le barrage pour curer : sa mise en eau avait provoqué des séismes dans le voisinage, et on craint de renouveler l'expérience.


IL y a donc de gros frais en perspective, et des experts qui disent qu'on a sans doute sous-estimé les risques de catastrophe majeure. Si, en plus, les rapports de force financiers internes (RTE-EDF) condamnent pratiquement l'usage de ces barrages en STEP, on comprend bien qu'EDF veuille refiler la patate chaude. Si Grenoble doit se retrouver sous 5 m de boue, il vaudra mieux pouvoir dire "c'est la faute du privé".

Donc désolé d'aller contre la pensée unique qui semble régner sur ce forum, à savoir qu'on veut refiler de juteux bénéfices au privé. Pour moi on veut se débarrasser de pertes futures et éliminer une cause de risque majeur. Lors de la catastrophe du Malpasset, les eaux, boues et débris divers ont balayé une zone peu habitée. Si la même chose se produisait sur l'un des barrages de la vallée du Drac, il y aurait des centaines de milliers de morts et des dommages financiers propres à ruiner le pays.

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#114 Re: Et si la vraie raison c'était...

2013-06-07 11:44:26

#111: Jean-Pierre Desmoulins - Et si la vraie raison c'était...

Oui, et si on compte sur le privé pour renforcer la sécurité, on est mal partis !