Stop GUERRE au MALI - Des CHOIX pour la PAIX

PrNIC

/ #108 aminata Traoré aout 13

2013-08-28 12:40



Quel bilan faites-vous de l’opération Serval de l’armée française ?

Aminata Traoré. Ce déploiement était totalement disproportionné. Il y a aujourd’hui plus de 5000 militaires, des tonnes de matériel de guerre. Ils ont opéré par bombardements aériens en deux temps trois mouvements. La France, si elle le voulait vraiment, avait les moyens d’atteindre les mêmes objectifs sans ce déploiement et sans ouvrir la porte aux casques bleus. Je ne connais pas un seul pays ou les casques bleus ont été déployés et d’où ils sont partis au bout de deux ans. Ils en sont à 10 ans et plus, et partout c’est la catastrophe. On aurait pu faire l’économie de cette opération et aider le Mali autrement. Mais la France avait besoin d’une démonstration de force. Ils ont fait ici ce que les USA avaient fait en Afghanistan, avec les résultats que l’on connait. Serval, pour des questions de politique intérieure française, était nécessaire pour le gouvernement français. C’est Nicolas Sarkozy, Alain Juppé (ancien ministre des Affaires étrangères, NdlR) et d’autres qui ont encouragé les touaregs maliens à rentrer et les ont aidé, avant même que les Djihadistes entrent en action. La France aurait pu empêcher tout cela. Leurs services de renseignements savaient très bien où étaient ces gens. On aurait pu battre les islamistes avant qu’ils n’attaquent. Mais la France a réussi à convaincre le monde entier qu’elle nous a sauvé et que, sans elle, nous serions tous morts.

Quel rôle les progressistes occidentaux doivent-ils jouer pour vous aider ?

Aminata Traoré. On est très divisés ici, dans le mouvement social. Mais les progressistes occidentaux aussi. Il y a une composante de ces progressistes qui semble avoir très bien intériorisé le discours dominant sur la lutte contre le terrorisme. Ils s’imaginent qu’il vaut mieux en découdre avec les islamistes et les touaregs plutôt que les laisser prendre le pays. Mais il faut leur rappeler que les islamistes combattus au Mali, on est prêt à leur donner des armes en Syrie. C’est incohérent. Le poids des médias dominants est tel que même des progressistes au Nord, parfois, commettent l’erreur de dire « oui, c’était nécessaire ». C’est insupportable pour nous, progressistes du Sud. Mais les islamistes ne se seraient jamais retrouvés dans mon pays si quelqu’un n’avait pas jugé bon de tuer Kadhafi et de l’éliminer sans que cela n’apporte la démocratie, un progrès social en Libye.

Mon pays est une victime collatérale. L’armée française a aussi débarqué ici pour voir dans quelle mesure la France pouvait conquérir de nouveaux marchés. Des entreprises françaises ont déjà débarqué ici pour voir dans quelle mesure elles peuvent avoir de nouveaux marchés. Les progressistes doivent voir la crise malienne dans le contexte d’une économie mondialisée en pleine crise. Si ça n’a pas marché en Grèce, en Espagne, etc. on demande quand même que ce soit possible au Mali. On veut appliquer les mêmes recettes, qui, on le voit bien en Europe, ne marchent pas. Le Mali est d’abord le bon élève du FMI et de la Banque mondiale. Mais quand un bon élève s’effondre de cette manière, les maîtres doivent se poser des questions. Ils doivent se poser les mêmes questions pour le Mali que pour leur propre pays en crise.

(paru dans http://www.legrandsoir.info/aminata-traore-le-peuple-malien-a-saisi-la-seule-opportunite-de-s-exprimer.html