Affaire du meurtre de Enzo DI CREDICO

Mon frère est mort suite à deux coups de couteau dans le foie le 23 mai 2014.


Il y a dans l’affaire, un témoin principal, son ami d’enfance, et le tueur.


Il n’y a aucun doute quant à la culpabilité de la troisième personne.
Le seul élément manquant est le couteau dont il a dû se débarrasser le soir du meurtre.
Il y a déjà eu une reconstitution, et tout coordonne. Il n’y a pas de doute. Policiers, gendarmes, experts balistiques et légistes étaient présents.
Nos avocats nous ont prévenu dès le début de la longueur des procédures de la justice française, ils avaient prévu environ deux ans suivant l’homicide pour arriver au premier jour du jugement.

Aux dernières nouvelles, le procès devrait se dérouler début 2018, soit 4 ans après le meurtre.
C’est une situation psychologiquement difficile, perdre un être cher, qu’importe la situation, c’est plus qu’éprouvant.
Ce qui est le plus insupportable pour nous actuellement, famille et amis, c’est que la juge d’instruction en charge de cette affaire a pris la décision d’une liberté conditionnelle pour le tueur.

Cette personne doit pointer plusieurs fois par semaine à la gendarmerie. Il continue à travailler, restauration rapide dans un camion, et il continue à vivre normalement.
Mais la chose qui nous devient invivable maintenant, et nous avons pourtant bien pris notre grand mal en patience, c’est qu’il vit dans le même village que nous, famille et amis.

C’est à dire que nous sommes actuellement à moins de 4km de chez lui et de son lieu de travail, que nous pouvons le croiser tous les jours dans le centre ou en périphérie et que nous le croisons souvent.
Nos avocats nous ont conseillé de faire une lettre à la juge pour lui faire état des lieux, afin qu’elle reprenne peut-être le dossier pour revoir éventuellement ses conditions de liberté.
Et nous en avons déjà fait.

En résumé, nous, partie civile, victimes, devons faire une lettre dans laquelle nous devons modérer nos propos, rester objectif, pour avoir une chance de pouvoir vivre un peu mieux l’attente du procès.
C’est ça la justice française? L’aspect critique de la situation crève les yeux. Mais nous devons nous justifier du mal-être constant que crée la décision hâtive de la juge, qui ne connaissait pas la taille de notre village le jour où elle a pris la décision (5500 habitants), en lui adressant une lettre explicative.

Aujourd’hui, nous sommes dans l’incapacité de faire une telle lettre, nous sommes de plus en plus pétrifiés. Nous sommes de plus en plus terrifiés. Moi-même, je ne peux plus passer par certaines routes ou certains carrefours car je m’effondre, je deviens fébrile à l’idée de le croiser.


Ce qui est encore plus insoutenable, c’est que dans cette fameuse lettre à adresser à la justice, il ne faut pas faire état de notre santé psychologique, parce qu’ils n’en tiendront pas rigueur. Non, il faut que nous amenions intelligemment les termes de « potentialité de trouble à l’ordre publique » ou « de potentialité d’atteinte à l’intégrité physique, morale ou matérielle du tueur ».


Je pense que vous saisissez le caractère pervers de la demande : « je vous prie de bien vouloir prendre des dispositions car nous pensons qu’il risque d’y avoir des atteintes à l’ordre publique ou que le tueur peut courir des potentiels dangers physiques, matériels ou moraux ».

Mais dans quel monde vit-on? Nous souffrons, nous sommes les victimes, mon frère est mort zn défendant un ami contre une personne en colère qui lui a mis intentionnellement deux coups de couteau dans le foie.
Autre élément important, les rumeurs qui grandissent. Notamment celle qui dit que comme il est encore en liberté, c’est qu’il y a un problème en sa faveur dans la procédure, ou simplement qu’il y aurait une quatrième personne qui n’est pas encore identifiée. Tout cela est faux, mais nous ne pouvons pas contenir ce qu’il se dit. Cela n’empêche que ça rajoute à notre souffrance.


Dans cette logique, je lance donc cette pétition, ouvert au public et à l’opinion française sur cette situation. Nous nous enfonçons peu à peu dans la dépression, la folie, l’alcoolisme, l’insomnie et le désespoir.
Il faut que la justice demande au tueur de quitter notre village durant l’attente du jugement.


C’est un appel à l’aide.


Je me répète une dernière fois, le deuil que nous vivons actuellement est amplifié par le fait qu’il ne se passe rien, que les procédures sont inhumainement longues et surtout que le tueur continue à vivre dans notre village. Aujourd’hui, si l’on ne sait pas qu’il y a eu un meurtre, tout parait (objectivement) continuer normalement ici.


Comme si mon frère avait disparu, et puis plus rien.


C’est invivable et injuste.

Ugo DI CREDICO

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